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Le nouveau souffle de la musique urbaine

Arts11 août 20254 min de lecturePar BO Média
Le nouveau souffle de la musique urbaine
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Impossible de le nier, en quelques mois l’album BAD BOY LOVESTORY de la « Boss
Lady » Théodora et sa réédition MEGA BBL ont explosé les records et ont remis dans le haut des charts, des genres musicaux marginalisés depuis des années.

Pendant que le rap français mainstream tourne en boucle entre trap, drill et égotrip, on voit émerger une autre scène : plus colorée, plus dansante. Une génération d’artistes bouscule les codes du rap hexagonal en apportant les sonorités de genres longtemps laissés en coulisse : bouyon, kompa, shatta, zouk, dembow, amapiano… Des styles autrefois invisibilisés, aujourd’hui ravivés par une génération prometteuse qui ose les mélanger, les moderniser et les assumer pleinement.

Ces genres, pourtant, portent chacun un héritage riche. Le bouyon, né en Dominique dans les années 1990, tient son nom du “bouillon” d’influences qu’il rassemble : musiques traditionnelles, zouk, dancehall… C’est une musique pensée pour la danse, au rythme rapide et aux basses puissantes. On peut aussi mentionner l’afrobeat, imaginé dans les années 1970, qui mêle funk, jazz et percussions africaines avant de se réinventer en version plus pop et électronique, aujourd’hui omniprésente dans les hits. Le kompa, né en
Haïti, déroule ses guitares, ses cuivres et ses rythmes syncopés, inspirant désormais la pop urbaine et le zouk moderne. Plus récent, le shatta, hérité du dancehall et façonné aux
Antilles. Quant à l’amapiano, importé d’Afrique du Sud, il fusionne la house, le jazz et des rythmes locaux qui invitent toujours à la même chose : la danse.
Citer tous les genres de musiques afro-caribéennes est une mission presque impossible tant il en existe une multitude.

Mais alors, pourquoi pendant si longtemps n’en avons-nous pas entendu parler ? Peut- être parce que les artistes se sont pliés aux exigences et aux conformités.

Peut-être pour s’assurer un succès rapide.

Pour toucher le plus large public, il fallait coller aux tendances américaines et sacrifier un peu de son identité. Peut-être à cause des préjugés sur les danses qui les accompagnent, souvent qualifiées à tort de trop sexuelles ou trop vulgaires.
Aujourd’hui, le paysage musical change. La scène et nos oreilles s’ouvrent à autre chose, et le public, plus curieux, redécouvre des sons et des sonorités longtemps mis de côté.
Parmi les visages de ce renouveau, on trouve beaucoup d’artistes féminines. Des figures populaires comme Yu Meï, Théodora, Meryl ou encore Maureen, prouvent qu’il existe bel et bien une place sur le devant de la scène pour ces voix afro-caribéennes.
Meryl, Maureen et de tant d’autres artistes utilisent le créole dans leur musique et ce n’est pas anodin.

Le créole utilise des sonorités qui manquent au français, c’est une poésie et il marque la liberté, même s’il peut rester tabou. Leur succès montre qu’il n’y a plus de limite et que les artistes peuvent aller au bout de leur création, en embrassant leurs racines.
Le bouyon, l’afrobeat, le kompa et les autres refont surface avec le sourire et surtout avec le talent.
La preuve ? Théodora a récemment dépassé Céline Dion en grimpant sur la deuxième marche du podium, de l’artiste féminine la plus streamée en 2025, derrière Aya Nakamura.
L’artiste, encore émergeante il y a quelques mois, a battu tous les records en se faisant connaître sur les réseaux sociaux avec le morceau KONGOLESE SOUS BBL, un son de bouyon. Elle n’ouvre pas la porte à une nouvelle ère musicale, elle la défonce.

Évidemment, n’oublions pas les artistes masculins qui, eux aussi, participent à faire évoluer cette scène. Ni celles et ceux qui débutent et qui sont encore peu connus. Kalash et Joé Dwet Filé (du côté afro/dancehall) sont de ceux qui ont préparé le terrain.
Aujourd’hui, ils cassent les codes et ouvrent la voie à des sons hybrides, plus libres.
Ce qu’on entend, c’est le reflet d’un métissage musical assumé, sans frontières. Les artistes piochent dans leurs racines et mêlent tous les styles sans se limiter aux cases toutes faites. Cette infusion de sonorités afro-caribéennes est désormais reconnue et récompensée par la cérémonie Les Flammes, avec des catégories dédiées : “morceau de musique africaine ou d’inspiration africaine” et “morceau de musique caribéenne ou d’inspiration caribéenne”.
Les artistes ne se cachent plus et puisent leurs inspirations dans leurs origines, en ignorant les remarques souvent racistes et/ou sexistes qui persistent. Un plaisir pour nos oreilles et pour nos playlists qui ne demandent qu’à s’enrichir !

Romane Haye

À lire, écouter, voir

Et ce n’est
pas fini